Mes mots random...

Mes moments d'homme. Mes mots random.

30 juin 2008

Petit guide de la vie heureuse - chapitre 5 et fin : Pleurer en regardant la mer

Mes yeux sont usés. Vingt ans à porter des lentilles ont transformé ma cornée en une joue de jeune pucelle s'effarouchant au moindre contact.

C'était donc avec une vague crainte que je l'avais accompagnée pour cette dernière journée venteuse au bord de la mer. Nous avions dépassé la zone des grandes maisons balnéaires, nous exposant au souffle vivace charriant des milliers de grains de sable aux contours aigus.

Nous avions flâné, elle les pieds dans l'eau et moi sur le sec jusqu'à cette petite anse de sable entre deux dunes. J'avais gardé les yeux vers le sol, relevant de temps en temps la tête pour me réjouir de son sourire.

Nous avions posé nos manteaux de citadins et nous étions allongés dessus, elle le visage tourné vers la mer, moi dos au vent, paupières crispées tandis que de petites aiguilles s'y infiltraient par en-dessous. Le vent soufflait par intermittence, les dunes ne nous protégeaient de rien. Elle regardait la mer, le vent faisait battre ses cheveux. Et de mes yeux coulaient déjà deux petits filets d'eau salée qui, s'ils continuaient, allaient rejoindre leur mer patrie.

J'étais tapi derrière son corps en chien de fusil qui me faisait un rempart. Le vent poussait du sable dans mes cheveux, dans mes oreilles, entre mes dents. Je relevai la tête et regardai vers l'horizon dont je ne vis soudain plus rien que la courbe de ses hanches, ses cuisses nues et sa jupe relevée pour m'offrir la bande sombre de son string.

Je pressai mon pouce contre le tissu. Elle ne dit mot et, donc, consentit. Je pressai encore puis imprimai à mon pouce un mouvement d'aller et retour. Je sentis l'imperceptible façon dont ses fesses s'appuyaient contre mon doigt. Non loin de nous, des gens passaient. Des couples de tous âges, dames avec des cheveux blonds emmêlés, messieurs avec une casquette et des lunettes de soleil. J'avais écarté le string sur le coté et mon pouce avait plongé en elle, toujours animé du même mouvement, aller et retour, rotation, aller et retour...

Je la branlai avec un, puis deux doigts. Mes yeux déversaient leurs larmes tandis que son sexe perlait. Il y eu de nombreux passages de badaux, jeunes et vieux jusqu'à ce que je cesse, poignet endolori, n'ayant finalement pu lui inspirer que de profonds soupirs.

Elle rajusta son string, je me redressai. Elle vint s'accroupir derrière moi, appuyée contre mon dos, menton posé sur mon épaule. Ma main caressa presque par automatisme ses cuisses tandis qu'elle me parlait. Puis mes doigts furent à nouveau en elle, pressant son clitoris, allant et venant dans un pianotage nerveux. Elle n'était pas femme à renoncer à un orgasme et cette fois-ci elle jouit, sa voix étouffée dans mon pull bleu ciel, face à la mer et aux quelques passants.

Elle me dit plus tard que la vague de son plaisir était venue en pensant que j'aurais pu l'emmener dans les dunes et la prendre dans le sable et l'odeur de l'eau, dans le vent et le bruit de la mer et la possibilité d'une arrivée impromptue.

Presque aveugle à présent, regard noyé dans les larmes et le pus suintant de ma cornée à vif, je la suppliai de retourner à la voiture. Elle guida son Ray Charles érotomane, lunettes noires et mains encore parfumées entre les baigneurs. Je plaisantai sur nos vieux jours à venir, moi grabataire avec elle beaucoup plus jeune et cette idée m'aurait tiré des larmes si elles n'avaient pas déjà été dans mes yeux...

Nous fûmes enfin dans la voiture où une ampoule de collyre m'attendait comme une fiole d'eau de Lourdes un paralytique. Tête levée vers le ciel, les première gouttes tombèrent enfin sur ma rétine. Ce fut le début de la délivrance. Le liquide chassa les principales scories, s'insinua sous mes paupières en ondes bienfaisantes, nettoya la plupart des grains, en laissa tout de même assez pour que le souvenir m'en reste plusieurs jours...

Il reste toujours des grains de sable une fois que l'on rentre du bord de mer.

Dans chaque poche, entre chaque page de livre, autour de chaque bouton-pression ou dans un vagin qu'on embrasse tendrement au petit matin d'un baiser au goût de sel et qu'on gobe tel une huître pendant un mois en "R".

Les grains de sable s'infiltrent partout.

Dans chaque pli de notre peau, dans chaque recoin de notre mémoire.

Ils s'infiltrent. Et parfois ils restent pour toujours.

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25 juin 2008

Petit guide de la vie heureuse - chap 4 : Balnéothérapie

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Ma ceinture en cuir sentait la chatte.

En fait, ma peau tout entière sentait la chatte, la sienne devait sentir la queue, nos corps devaient poisser quelque peu et j'avais fait couler un bain. J'étais rentré le premier dans la baignoire, je m'étais laissé aller à la sensation de l'apesanteur, des vertèbres qui se remettent dans l'alignement du corps, des poils qui se hérissent. Puis je l'avais regardée entrer nue dans la pièce, j'avais admiré son corps comme je n'ai jamais cessé de le faire depuis que nous nous aimons. J'avais manoeuvré pour lui faire de la place et elle était entrée dans l'eau. Nous avions cafouillé nos jambes et nos mollets, noué et dénoué nos abattis et finalement trouvé nos positions, face à face et presque imbriqués l'un dans l'autre.

Je ne sais pas pourquoi le bain a toujours été quelque chose d'érotique pour moi. Pourquoi je n'ai jamais pu me glisser dans l'eau chaude sans m'y engloutir jusqu'au cou et sans manoeuvrer le robinet mitigeur du bout de l'orteil pour rajouter de l'eau brûlante jusqu'à ce que la chaleur soit à la limite du supportable. Et pourquoi je n'ai jamais pu m'empêcher de me branler dans le bain. Oh pas nécessairement jusqu'à la jouissance (le sperme qui flotte a la désagréable habitude de s'engluer dans chaque poil du corps) mais juste pour faire communier la chaleur de l'eau et celle du corps.

Nous parlions à présent et tout en l'écoutant je caressais doucement mon sexe, je le faisais renfler et gonfler puis je le laissais revenir au repos. Sa vulve lisse était à portée immédiate de ma main et c'est tout naturellement que j'ai fait rouler son clitoris sous mon pouce. Je suppose que la chaleur dans son ventre a cru elle aussi puisque mon sexe s'est poussé vers le sien et qu'il s'est frayé un chemin à l'intérieur d'elle, tronc d'arbre en torticolis, racine torse comme la mandragore qui pousse au pied des pendus et qu'il a commencé à aller et à venir en elle, trempant alternativement dans l'eau du bain et dans le liquide qui baignait l'orée de son ventre.

L'eau a commencé à clapoter dans un ressac nerveux et régulier, les vaguelettes nées de nos corps tétaniques ont claqué contre les parois de fausse faïence.

Et puis l'eau a tapé fort contre les parois de la baignoire, a résonné dans la pièce blanche, a tapé tellement que les propriétaires allaient arriver, inquiets d'un probable dégât des eaux, tellement qu'elle allait passer par-dessus bord et recouvrir le carrelage, qu'elle allait inonder le sol comme je voulais que sa mouille inonde ma queue et qu'elle poisse les poils de mon pubis et qu'elle m'englue de la tête aux pieds, moi en sacrificié ultime de mon désir d'elle, moi en proie prédigérée dans le mucus de sa chatte adorée.

Très vite elle a joui sur mon empalement imparfait, sur ma queue en luxation.

Puis le silence est revenu.

L'eau oscillait sous nos respirations rapides et profondes.

 

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16 juin 2008

Petit guide de la vie heureuse - Chapitre 3 : cinq fruits et légumes par jour

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Nous avions fait halte dans une superette, ayant prévu un dîner frugal après le copieux petit-déjeuner et le tajine. Nous avions acheté des pêches, des abricots et des bananes. Dans la voiture stationnée nous nous étions embrassé à pleine bouche, envie de nos peaux, de nos muqueuses affolées, de notre salive et de nos fluides en général. Nous avions gravi rapidement les marches, moi reluquant tel un loup lubrique ses jambes sous la robe légère. Essoufflés, nous nous étions jeté sur le lit, elle s'était mise à plat ventre et avait relevé les fesses vers moi. J'avais mordu dedans, j'avais léché la fente et plongé ma langue dans son jus, mammifère fructivore lâché au milieu d'un affolant verger. J'avais saisi une des bananes dans son papier kraft, avais hésité un instant sur l'idée de la peler ou non. J'avais coupé la queue d'une dent déterminée, entendu le craquement de la peau sous la courbure que je lui imposais, puis la fibre avait éclaté en une fente et le fruit s'était enfin révélé. J'avais partiellement laissé la banane dans sa pelure et je l'avais enfoncée doucement dans son sexe baveux d'impatience. J'avais craint que le fruit, un peu trop mûr, ne se casse mais elle avait arqué ses reins de telle façon qu'il pénètre tout droit en elle sans aucun obstacle pour freiner sa course. A quelques centimètres de sa croupe, j'avais observé l'ogive d'ivoire entrer dans son vagin, provoquant une légère mousse que je léchai aussitôt. Je poussai encore et le fruit finit par buter sur la pelure. Je le retirai doucement, prenant soin de ne pas le casser. Je le dégageai alors totalement de son enveloppe et l'enfonçai presque totalement en elle. Je voyais ses hanches onduler en vagues d'amplitudes croissantes tandis que je faisais aller et venir la banane et que ses petits cris montaient dans un registre aigu qu'elle ne prenait pas souvent. Il fallait trouver le compromis entre le rythme qui lui donnerait du plaisir et les implacables lois de la physique : j'imaginais qu'elle pourrait soudain resserrer le vagin comme elle le faisait parfois et sectionner le fruit tel un coupe-cigare. Je crois qu'elle jouit, sans doute plus à l'idée de ce que je lui faisais que réellement par le plaisir que la chose lui donnait. Je ressortis précautionneusement la banane, craignant de la casser et d'avoir à expliquer à un urgentiste qu'il fallait nous aider à récupérer quelque chose... La banane était sortie, gluante, et j'en mangeai aussitôt la moitié avec délectation. Je lui donnai l'autre moitié qu'elle avala tandis que je lui fourrais aussi mes doigts dans la bouche. Je pensai que dans un instant nous allions cesser d'être végétariens et qu'elle allait devoir se mettre à un régime carné plus substantiel...

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13 juin 2008

Petit guide de la vie heureuse - Chap. 2 : l'aromathérapie

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Nous étions partis vers midi passer la journée au bord de la mer.

Pendant le trajet j’avais observé que je sentais une odeur de plastique sur mes doigts. Elle m'avait expliqué que c’était l’odeur du volant de la voiture de location, qui était neuve. Je m’étais agacé de ne pas y avoir pensé moi-même.

Nous avions déjeuné d’un tajine dans un petit restaurant désert et j’avais fait remarquer que la jeune serveuse Maghrébine avait de gros seins sous son t-shirt marqué « Trop cool »... Nous avions discuté de ce qu’étaient des gros seins et des seins « normaux ». Elle m’avait soutenu qu’elle-même n’avait pas de gros seins et j’avais pensé qu'après tout, peu importait la définition...

Nous étions sortis du restaurant au moment où le soleil perçait enfin, avions marché longtemps sur le sable humide, moi avec le bas du pantalon relevé, elle avec ses jambes nues et le vent qui tourbillonnait sous sa robe. Elle m’avait montré l’endroit où elle avait passé des vacances en famille, l’établissement de thalasso... Nous avions acheté les extraordinaires chocolats en nous disant "vous" devant l'oeil amusé des vendeuses puis, la fatigue du bord de mer venant, nous avions décidé de rentrer.

Je ne sais plus à quel moment du trajet j’ai posé ma main haut sur sa cuisse, presque à la jonction avec l’aine. Mais je me souviens avoir senti la chaleur de sa peau au travers de sa robe. Je l’ai caressée doucement. J’ai finalement glissé ma main vers son genou et, lentement, j’ai relevé sa robe. Tout en conduisant j’ai effleuré son string noir. Elle a écarté plus largement les jambes puis a repoussé elle-même sur le coté la fine barrière de tissu qui faisait obstacle. Mes doigts ont effleuré sa chair tendre, ont pénétré délicatement dans sa moiteur. Nous roulions toujours et elle avait la tête en arrière et les yeux mi-clos. Elle gémissait par moments, et par moments elle resserrait les jambes quand nous croisions une autre voiture. Je lui assurai que personne ne pouvait la voir ainsi, et c’était malheureusement vrai…

Plus que jamais je maudissais cette manie de construire des ronds-points partout. Il me fallait à chaque fois rétrograder, manipuler le volant et ensuite revenir à ma caresse interrompue. Elle me fit remarquer que le prochain locataire de la voiture allait avoir une drôle d’odeur sur les mains, lui... Je pensai que s’il avait fait nuit, je lui aurais suggéré de se donner du plaisir avec le pommeau du levier de vitesse. Pour le coup le prochain conducteur en aurait eu pour son argent.

Je léchai mes doigts qui étaient, juste auparavant, à l'orée de son sexe et les passai sur ma bouche. Ce goût sur mes lèvres, c’était elle, sa trace la plus intime. Cette fragrance, c'était celle que j’aimais garder sous mes ongles ou sur tout le corps après que nous ayons fait l’amour. C’était la signature de son désir pour moi. A nulle autre pareille.

Mon parfum préféré.

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10 juin 2008

Petit guide de la vie heureuse - Chapitre 1 : se retrouver

 

Nous avions roulé pendant trois heures, bavardant du boulot, des gens que nous connaissions, de l'itinéraire à prendre. Elle m’avait fait sourire en désignant les éoliennes blanches comme "mes petites protégées". Nous étions arrivés à destination, nous avions posé nos bagages et pris possession du salon, de la grande salle de bains, des placards et de la terrasse. Je m’étais assis sur le canapé en cuir, elle s’y était allongée en posant sa tête sur mes genoux. J’avais caressé doucement ses cheveux, son visage, son cou. Nous nous étions dit notre plaisir d’être là, si proches de la mer qu'elle aime tant et si loin de tout le reste. Le désir d’elle est venu vite, peut-être enfanté par l’endroit, peut-être par cette situation de couple ordinaire qui nous était si extraordinaire. Il y avait une douce harmonie entre nous, le calme de la grande suite meublée avec goût, la lumière du jour encore vivace par les baies vitrées, la maison de l’autre coté de la route dans la pinède et les transats sur la terrasse. Je sentais mon envie dessiner un renflement de plus en plus affirmé sous le coton noir délavé. De rares oiseaux gazouillaient encore, les ombres s’allongeaient déjà. Le moment était parfait, il n’aurait fallu rien changer. Juste continuer à caresser ses longs cheveux, à laisser courir mes doigts sur ses pommettes. Il n’aurait fallu rien changer. Et puis j’ai pensé qu’elle était ce qu’elle était, alors j’ai su que je pouvais tirer sur ma ceinture qui s’est desserrée dans un cliquetis. J’ai glissé mon pouce dans la braguette à boutons et je les ai fait sauter un à un dans un bruit doux. J’ai dégagé mon sexe et en quelques caresses je l’ai dressé jusqu’à ce que le gland touche mon nombril. Et comme elle est ce qu’elle est, elle s’est retournée sur le canapé et m'a accueilli dans sa bouche, comme si elle ne faisait rien d'autre que poursuivre notre conversation. J’ai repoussé des mèches de ses cheveux sur son oreille pour voir sa bouche aller et venir. Dans la grande chambre il n’y avait plus que le bruit de sa bouche qui salivait et ma respiration alternativement rauque. Elle me suçait en poussant ses lèvres jusqu’à mes bourses. Elle accélérait déjà le rythme de sa caresse pour me faire jouir mais je savais que je ne me laisserais pas faire, que tout à l’heure je l'interromprais pour la prendre sur le canapé et que cette première pénétration serait comme une révélation, que la chaleur de son ventre me serait aussi bouleversante qu’un baiser sur sa bouche qui m’émeut plus qu’aucune autre, qu’elle pousserait un petit cri aspiré quand j’entrerais lentement dans son corps et qu’ensuite nous serions un comme nous seuls pouvons l’être, une chair, un sang. Un amour.

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03 juin 2008

Dans les dents (brosse souple)

C'est samedi soir, le petit groupe d'amis est réuni pour une soirée improvisée. Il y a du Saint-Véran dans les verres, des bougies et de la bonne musique.

Notre hôte Patrick est originaire de Nice, sa femme est Mauricienne. Ils s'aiment tumultueusement depuis vingt-cinq ans et ont trois enfants magnifiques. Dans les canapés et sur les poufs il y a ma compagne et moi, jouant notre rôle de dilettantes capables de parler de tout et surtout de rien mais de façon plaisante, et puis il y a Manfoya, professeur de mathématiques d'origine Malienne, divorcé avec deux enfants.

Le célibat de Manfoya, bel homme intelligent et sportif, est un sujet de discussion récurrent et les tentatives rigolardes de le caser, régulières. Donc forcément, quand vient le sujet d'une prochaine fête, on lui pose l’habituelle question : "Le 14 juin, tu viendras avec ta tartine ?..."

Manfoya est généralement discret sur sa vie privée, mais cette fois-ci, à la surprise générale, il répond d’une voix amusée : "Et bien… si vous voulez tout savoir, en ce moment je beurre la tartine d'un autre... Il y a donc peu de chances que je vienne avec elle !"

L'assemblée marque un petit temps, jusqu’à ce que Patrick fasse remarquer avec un sourire en coin qu'après tout, une tartine a deux cotés... Il raconte alors comment, quand il était étudiant, il avait couché avec Mme C., une très belle femme que son mari conduisait chaque année dans le Sud. Après quoi il repartait, laissant sa femme s'envoyer joyeusement en l'air avec un homme différent tous les soirs pendant les trois semaines que durait son séjour. Et de conclure avec bienveillance qu’on a tous fait ce genre de choses...

Devant la moue sceptique de ma compagne, je me permets de lui rappeler qu'avant notre rencontre elle avait été la "petite amie de vacances" d'un militaire espagnol marié, puis d'un Italien fiancé. Avec bonne grâce, elle ajoute même au tableau de chasse un troisième protagoniste dont j'ignorais l'existence... Devant sa mine faussement contrite et les rires de l'assistance, je conclus "Cosi fan tutte" !

La conversation s'en va alors rouler sur d'autres cailloux jusqu'à ce qu'il soit deux heures du matin et que tout le monde rentre chez soi.

De retour à la maison, devant le miroir de la salle de bain naît une conversation moussue et fluorée :

Elle - "Tu te rends compte que Manfoya vient de nous dire qu'il couchait avec une femme mariée ??" (brosse)

Moi - "Venant de lui qui est si droit, si rigoriste, ch'était assez churprenant !" (brosse)

Elle - "Quand même, moi, cha m'a mise un peu mal à l’aise..." (crache)

Moi - "Faut pas exagérer... même toi tu as reconnu avoir couché avec des mecs maqués !" (crache)

Elle - "Oui, mais moi je pense au mari trompé, c’est dur, quand même..." (glouglou)

Moi - "Il faut être pragmatique : tant qu'il y a d'un coté des désirs insatisfaits et de l'autre des gens capables de satisfaire ces désirs, est-ce que c’est si mal ?…" (glouglou) (crache)

Elle – « Oui, mais quand même !..."

Moi - Il y a des gens qui n'ont pas ce qu'ils veulent et d'autres qui peuvent leur donner ce qui leur manque et qui trouvent ainsi chacun un équilibre. Et puis d'abord, où est-il écrit que l'on devait absolument être monogame ? C'est une survivance d'une époque révolue. Les femmes... "

Elle me coupe dans le début de ma tirade, me regarde droit dans les yeux en souriant et me dis :

- "Mais oui, mon chéri… Je le sais très bien que tu es multigame."

Elle touche du doigt mes testicules et ajoute :

- "Seulement, ce qui est là-dedans, je veux que ça soit juste pour moi !"

La brosse reste en l’air. J'acquiesce, yeux écarquillés.

Elle reprend son brossage.

Moi aussi.

(crache)

(glouglou)

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30 mai 2008

Vertige de la page blanche

Je suis resté un moment avant d'oser faire ce pas en avant.

Toutes ces pensées en-dedans.

Je lui dirai ça, et puis je partirai, et puis elle ne me reverrait jamais.

Ou alors... je me contenterai de la regarder, jusqu'à ce qu'elle me demande ce que j'ai.

Oui, ça pourrait se passer comme ça…

Mais tout de suite ça ne servait à rien.

Alors j’ai marché vers elle.

Ses cheveux blonds coupés courts, ses yeux verts, ses cils ombrés de mascara.

J'ai retenu ma respiration et j'ai marché droit vers elle.

Je l'ai regardée.

J'ai retenu mon souffle.

Elle m'a tendu une enveloppe.

Blanche.

J'ai attendu, attendu une invite, un geste. Un mot.

Elle ne m’a rien dit.

Rien de ce que j’attendais.

Alors je suis reparti avec dans ma main l'enveloppe blanche.

J’ai marché dans la rue.

Respiré profondément, avec le cœur qui bat vite.

J’ai marché loin d'elle, loin de la fille aux cheveux courts et blonds.

J’ai monté les escaliers jusqu’à chez moi.

J’ai posé l'enveloppe.

Finalement je l’ai reprise, je l’ai déchirée du doigt.

Avec le cœur qui bat vite.

Inspiré profondément.

Suis allé directement à la dernière ligne.

Ai reposé la lettre.

Expiré.

Relu.

Expiré.

Lentement.

Très.

Lentement.

Sérodiagnostic H.I.V. 1 et 2.

Négatif.

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27 mai 2008

Odeurs de sein tété

Ce qui m'avait tout de suite plu chez Rachel, c'était sa chambre individuelle.

En stage à Londres, je partageais un appartement crasseux et empestant le gaz avec Scott, un Australien sympathique dont la conversation était limitée à "bière" et à... à rien.

Dans la journée, je garnissais des rayons de barres chocolatées dans un Boots en me nourrissant partiellement sur le stock, tandis qu'elle travaillait au desk d'un hôtel Victorien qui avait connu des jours meilleurs.

Rachel et moi en vînmes à mélanger nos langues et à nous mettre la zigounette dans le pilou-pilou grâce à un violent orage et au passage d'une Jaguar dans l'énorme flaque d'eau qui bordait le trottoir où nous marchions. Le mini-tsunami qui en résulta nous trempa l'un et l'autre jusqu'à l'os, m'offrant l'occasion de proposer à Rachel de venir enfiler quelques vêtements secs chez moi.

Au lieu de cela elle trempa son slip et ce fut moi qui l'enfilai, comme quoi dans un pays où l'on conduit à gauche un français peut facilement en arriver à confondre les priorités...

Ce rapprochement fut judicieux, puisqu'en plus d'une chambre individuelle Rachel jouissait d'un accès aux cuisines de son hôtel. Je bénéficiai ainsi de roboratifs petits déjeuners à l'anglaise avec saucisses grillées, tranches de lard et flageolets à la sauce tomate qui donnèrent un parfum tout particulier à nos grasses matinées.

Rachel et moi découvrions allègrement la joie d'être loin de nos familles respectives et celles du touche-pipi sans la crainte d'être surpris. A cet âge-là, j'étais déjà très enclin à utiliser ma bouche pour donner du plaisir à la demoiselle. Mais il se produisit entre elle et moi un phénomène physico-chimique aussi inhabituel qu'inattendu : je découvris que ma salive et sa peau n'étaient pas compatibles !

Par une étrange réaction moléculaire, le contact de l'une sur l'autre produisait une odeur acide, protéïnique et épaisse, en un mot : écoeurante.

Passée la fougue de l'étreinte, je posais ma tête sur sa poitrine et devais réfréner mon dégoût. Son ventre avait la même désagréable odeur, tout autant que son cou et chaque partie de son corps que j'avais léchée, mordue, aspirée ou titillée préalablement. Ma propre salive, sur elle, me répugnait.

J'en arrivai rapidement à ne plus pouvoir la sentir.

Je la quittai.

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23 mai 2008

Rage

Tu me demanderas, pourquoi cette mauvaise colère ? Je te dirai que c’est peut-être pour de mauvaises raisons. Mais il y a ceci, qui m’a fait traverser la grande ville aux muscles d’acier rouillé comme un chien sombre grondant bas, donnant des coups de hanche comme des coups de pieds, le buste bien droit. Une lame. Tu me demanderas, qu’est-ce qui t’a rendu si tranchant pour que tu pourfendes ainsi les flots de métal brillant ? Je te répondrai qu’elle avait envie d'aimer un homme comme une rivière aime son rivage, doucement, en silence, sans rien demander. Elle m’avait dit juste se frôler, partager, se rassurer parfois, s'éloigner souvent, mais se savoir si proche. Je te dirai juste comment il a suffit de tourner un instant la tête pour s’apercevoir qu’elle n’était déjà plus là, que les flots s'étaient entrouverts pour l'entraîner loin, loin d'ici dans la grande ville de fer et de chaleur.

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21 mai 2008

Petit meurtre entre amants

Elle a raison : si elle veut me faire bander, elle n'a rien d'autre à faire que m'embrasser.

C'est ainsi. Ses lèvres contre les miennes m'excitent plus que sa bouche autour de mon gland, que sa salive qui coule le long de ma hampe.

Je l'embrasse. 

Je joue à effleurer sa bouche mais très vite je mords dans la pulpe tendre.

Je sens la chair renflée s'écraser doucement entre mes incisives, rouler un instant sous ma tenaille carnivore.

Je relâche lentement ma prise, juste assez pour la laisser s'échapper sans la blesser.

Puis la main sur sa nuque, les doigts en griffes taquines sur la base de son crâne, je l'attire de nouveau.

Animal affolé par la promesse du festin, je dois me retenir pour ne pas planter mes crocs et déchiqueter son baiser en gouttelettes sanguinolentes.

Au lieu de cela je joue de mes lèvres et de la pointe des dents. Et je relâche encore, comme pris en faute, comme coupable de mon propre désir.

Comme à chaque fois, c'est l'ivresse d'une autre chair qui me vient, d'une plus tendre, d'une plus douce, d'une encore plus moite.

Je me goinfre de sa bouche comme je me régalerais de sa chatte, avec une intense complaisance, avec une gourmandise sans vergogne.

Je l'embrasse comme je la lèche, cannibale enivré de ses sucs et de ses muqueuses, anthropophage amoureux de ses tripes, affamé de son corps.

Jamais repu.

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